Il m’empêche de soutenir financièrement l’œuvre de Dieu

2 Corinthiens 9:7 : « Que chacun donne comme il l’a résolu en son cœur, sans tristesse ni contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie. »

Pendant longtemps, j’ai donné à l’église de l’argent liquide. Je savais très bien que, quelle que soit la somme, c’était trop aux yeux de mon mari. Alors pour éviter de me confronter à lui, je le laissais dans l’ignorance de ce que je donnais. Pourtant, je trouvais dommage de ne pas profiter de cette opportunité de faire contribuer l’état français à l’œuvre de Dieu via les réductions d’impôt. Mais cela nécessitait d’afficher la couleur à mon mari.

Un jour, je me suis sentie assez forte pour assumer ma libéralité. Après tout, je travaillais. J’étais une femme moderne, du 21ème siècle. Je m’estimais en droit de revendiquer 10% de mon salaire pour un usage personnel et légal qui ne convenait pas à mon mari. D’ailleurs, lui-même avait des dépenses régulières que je n’approuvais pas, plus faibles certes, mais depuis plus longtemps.  J’ai donc commencé à donner par chèque, laissant à mon mari le soin d’intégrer les données dans notre déclaration d’impôt. Il le faisait stoïquement.

Est ensuite arrivé pour moi le temps de faire un choix important, celui de prendre un long congé sabbatique. Plus de travail, plus de salaire ; plus de salaire, plus de dîme…

L’idée de réclamer de l’argent m’était pénible. Enfant, je ne réclamais pas d’argent de poche. Je préférais vendre mes productions artisanales. Quand je rappelais à mon père que ma mère attendait pour moi la pension alimentaire qu’il lui devait, il me tendait le chéquier pour n’avoir plus qu’à signer. Je n’avais pas la notion de ce que gagnait mon père, mais le montant de la pension me paraissait énorme et rédiger le chèque m’accablait de culpabilité. Cette torture se répétait souvent. J’ai très mal négocié mon premier salaire.

Et là, je le perdais complètement.

Je n’avais pas envie de refaire semblant de ne pas donner à l’église. Il fallait que je négocie avec mon mari. Faute de revendication féministe défendable, j’ai dû trouver des arguments valables pour le convaincre de donner. C’est peut-être la première fois où je me suis vraiment demandé ce que Dieu attendait de moi sur le plan pécuniaire. Il faut croire qu’à cette occasion ma compréhension des choses a bien progressé car mon mari a proposé un arrangement tout à fait satisfaisant : puisqu’en abandonnant mon salaire, nous perdions x % de notre pouvoir d’achat, nous allions donc baisser de x % notre contribution financière à l’église.  Finalement, il me laissait chaque mois une enveloppe confortable à utiliser comme je le voulais pour l’œuvre de Dieu. Mais surtout, j’ai commencé à expérimenter la joie de donner, pour des raisons que j’avais pu approfondir, sans maintenir de bras de fer avec mon mari mais au contraire en ayant recherché son approbation. Cette négociation forcée m’a été bénéfique. J’ai même abandonné la honte d’avoir à réclamer de l’argent.

J’ai d’ailleurs eu l’occasion de vérifier ce point un an plus tard, alors que j’avais fait le choix de démissionner. J’avais réparti mon enveloppe entre l’église et le soutien à un couple missionnaire. Mais les besoins de l’église étaient devenus plus criants. J’ai alors rendu visite à mes amis missionnaires pour faire le point avec eux, espérant bien qu’ils me diraient les mots m’autorisant à baisser mon soutien pour eux. C’est ce qui s’est passé. Ils m’ont même trouvée bien charitable de prendre la peine de leur en parler. Je les ai quittés le cœur léger mais alors que je m’éloignais de chez eux,  j’ai « entendu » une voix forte me dire «Augmente-les !». C’est le genre de voix auquel il ne viendrait pas à grand monde l’idée de désobéir. J’ai donc fait part à mon mari de mon souhait de donner davantage, à l’église et aux missionnaires. Et… il a accepté.

Longtemps après, je croyais que tout était apaisé à propos de mes dons à l’église quand le sujet est revenu avec fracas sur le tapis. Dans une dispute au sujet d’une dépense que je jugeais nécessaire mais que lui refusait d’engager, il a fini par céder en disant : «Alors d’accord, mais ce sera pris sur ce que tu donnes à l’église !» Ce qui signifiait que je devais arrêter tout don pendant cinq mois. Je me suis soumise sans récrimination à cette décision. Un mois plus tard, tranquillement installée devant un café, j’ai parlé à mon mari.
«Je n’ai rien donné à l’église ce mois-ci parce que je voudrais avant tout que tu sois en paix avec ce que je donne.  Est-ce que tu souhaites que je diminue mes dons ? Si c’est le cas, je le ferai.»
Il m’a alors expliqué que ce que je donnais habituellement était en rapport avec nos moyens, mais qu’en fait le montant importait peu. C’était plutôt une question de principe. La question était de savoir s’il était d’accord pour que sa femme dépense de l’argent pour des choses qu’il n’approuvait pas. Pour la première fois, j’ai pu lui expliquer la joie que j’éprouvais à donner. Il a cherché les domaines où il était content de donner de l’argent mais n’en a pas trouvé. J’ai ajouté que je le trouvais bien généreux de supporter qu’une partie non négligeable de son salaire parte dans une œuvre à laquelle il n’adhérait pas, et que je ne manquais pas de le faire savoir. Il a alors compris que les dons étaient des occasions qu’il m’offrait d’éprouver de la joie et que je lui en étais reconnaissante. Ca l’a rendu heureux. Il m’a dit de continuer.

L’argent risque de prendre une place nuisible dans notre vie. Le Seigneur Jésus nous prévient fermement (Luc 16:13 ) : «Aucun serviteur ne peut servir deux maîtres, car ou il détestera le premier et aimera le second, ou il s’attachera au premier et méprisera le second. Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent.» Il est normal pour un couple d’avoir des discussions au sujet de l’argent. Mais celui-ci doit rester un outil et non un but. Il peut être un moyen d’aider l’église dans son fonctionnement, mais si le mari s’y oppose, il prive sa femme du plaisir de donner mais ne met pas l’œuvre de Dieu en péril pour autant. C’est la relation dans le couple qui est en péril si la femme s’obstine, se croyant comme sous la loi, dans l’obligation de donner à l’église. L’or et l’argent appartiennent à Dieu. Il nous le prête pour que nous ayons la joie de le donner, de l’utiliser à de bonnes choses ou même d’en discuter avec notre conjoint comme une occasion importante de développer la communion dans le couple. L’argent donne l’occasion d’une rencontre entre un mari et sa femme, quelles que soient les décisions prises à son sujet.

3-5 Offrandes

Il m’a fallu dix-sept ans pour franchir toutes ces étapes : dissimulation, revendication, négociation, soumission et enfin coopération. Je donne davantage aujourd’hui que je ne l’ai jamais fait et pourtant je sais que ce n’est pas pour cela que Dieu m’aime. C’est bien moi qu’il aime, dans ma joie de donner comme je l’ai résolu en mon cœur, sans tristesse ni contrainte. Chercher à être en paix avec mon mari a été bien plus bénéfique que de chercher à donner un maximum à l’église. Et Dieu a béni.

 

3 commentaires

  • Un beau chemin, un bel exemple.
    Merci pour ce témoignage.
    Courage pour celles et ceux qui commencent ce chemin. La route est longue, mais productive !

  • Ma chère Isabelle,
    Ce témoignage m’a beaucoup touchée. Je n’avais jamais vu sous cet angle le fait de donner à Dieu de l’argent. Je comprends beaucoup mieux le verset qui dit que la femme doit se soumettre à son mari. Et à l’homme d’aimer sa femme. Dans ce témoignage, j’ai vu une réelle évolution entre ton mari et toi dans votre manière de discuter. Je pense que la discussion a une place centrale dans le couple. Dieu est à l’oeuvre et cela se voit.
    Je t’encourage à continuer tes efforts. Que Dieu te bénisse!

    • Merci, chère Eunice. A mon tour d’être touchée et encouragée par ce que tu écris. Sois bénie toi aussi.

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