23 avril 2014 - 5) Divorcer ?    6 commentaires

Il est violent

« Si une femme a un mari non-croyant et qu’il consente à rester avec elle, qu’elle ne le quitte pas. » (1 Corinthiens 7:13)

La violence faite aux femmes dans leur couple est un sujet sérieux et dramatique. Je n’ai pas la prétention de vouloir le traiter en quelques lignes. Je voudrais simplement exprimer quelques pensées pour aider, le cas échéant, la femme chrétienne à faire évoluer son regard sur la violence, inacceptable, qu’elle subit de la part de son mari incroyant.
NB : beaucoup de ces pensées s’appliquent lorsque le mari violent est lui-même chrétien.

Un haut niveau d’exigence

Parce qu’elle est consciente de l’importance du lien conjugal aux yeux de Dieu et qu’elle veut lui obéir, parce qu’elle sait qu’elle dispose en Dieu de ressources infinies dont ne dispose pas son mari, la femme chrétienne place parfois la barre très haut pour supporter la violence conjugale. « Nous voulons en effet que vous sachiez, frères, par quelles détresses nous avons passé dans la province d’Asie : le poids en a été si lourd pour nous, si insupportable, que nous désespérions de conserver la vie. Nous avions l’impression que la peine de mort avait été décidée contre nous. Cependant, il en fut ainsi pour que nous apprenions à ne pas placer notre confiance en nous-mêmes, mais uniquement en Dieu qui ramène les morts à la vie. C’est lui qui nous a délivrés d’une telle mort et qui nous en délivrera encore ; oui, nous avons cette espérance en lui qu’il nous délivrera encore » (2 Corinthiens 1:8-10).
Elle peut se sentir investie de la mission de remettre son mari sur le droit chemin, quitte à mettre un peu de côté son besoin fondamental de sécurité. Cette mission est réelle (nous avons à être une aide pour notre mari) et tant qu’il ne veut pas se séparer de sa femme, le mari reste en position de recevoir cette aide.

Mais quel est le prix à payer pour cela ?

Toutes les femmes n’endurent pas de la même façon, ne souffrent pas au même niveau ni pour les mêmes raisons. Le chemin est individuel. Il s’agit d’une affaire entre la femme et Dieu. Elle seule peut discerner ce qu’il lui demande. Dieu n’est pas le Dieu de l’impossible. Le Seigneur Jésus nous commande (Matthieu 5 :39-41) de ne pas résister au méchant mais il énonce des bornes : à celui qui nous frappe sur la joue droite, présenter l’autre joue (mais nous n’avons que deux joues) ;  à celui qui veut prendre notre tunique, laisser aussi notre manteau (mais pas nos chaussures) ; avec celui qui nous force à faire un mille, en faire un deuxième (mais pas un troisième).
De même que dans sa compassion envers les malades, Dieu a permis que les médecins acquièrent des connaissances pour soigner, dans sa compassion envers les victimes de violences, il a permis que des structures d’aide se mettent officiellement en place. Il n’est pas honteux d’y avoir recours.

La femme chrétienne bénéficie en Dieu d’un soutien pour elle-même

J’ai rencontré à deux reprises des chrétiennes mariées à des incroyants, qui ont été exposées à une charge dramatique : leur mari a ouvertement, avec force détails pratiques, gestes à l’appui, souhaité qu’elles meurent. Même si elle ne redoute pas un passage à l’acte, comment une femme peut-elle supporter sans dommage une telle abomination ? Si elle se définit prioritairement comme une épouse (autrement dit, si son identité est en son mari), elle ne le peut pas. L’intention destructrice de son mari peut l’anéantir. Mais si elle a compris qu’elle est avant tout enfant de Dieu (autrement dit, si son identité est en Christ), elle connait la valeur de sa vie, le prix que Dieu a payé pour la racheter. Christ est son refuge. Elle a l’assurance de la vie éternelle. Ces vérités l’aident à ne pas installer en elle le désir de destruction qu’exprime son mari. Ce désir d’anéantir va se briser sur le rocher qu’est Jésus en elle.

Elle reçoit parfois un discernement particulier sur les causes de la violence

Quand la violence s’immisce dans la vie conjugale, il y a une raison. Pour beaucoup, un être violent est un être dangereux (ce qui est vrai), et méchant (ce qui est souvent faux). Dans tous les cas, il s’agit d’un être en souffrance. Comprendre l’origine de cette souffrance (traumatisme, carence, influence démoniaque etc.) permet d’ouvrir un chemin vers la guérison.
On entend souvent dire que l’épouse n’a pas à être le psy de son mari mais si elle ne le fait pas, qui le fera ? N’est-elle pas la mieux placée pour savoir ce qui se passe et chercher des explications à la violence ? Qui d’autre s’occupera de la souffrance de son mari ?

Dans les deux cas cités plus haut, après une phase de remise en question personnelle, les épouses ont, en priant et en explorant de façon approfondie la situation de leur mari, discerné d’énormes souffrances à la source de leur agression (maladies, traumatisme, abandon et dysfonctionnement familial). Elles ont compris que c’est leur douleur qu’ils leur envoyaient, en projetant sur elles leur propre envie de mourir.

L’épouse chrétienne trouve en Dieu la capacité de ne pas porter la souffrance de son mari. Elle apprend à se décharger sur le Seigneur de ce que son mari veut lui transférer. « Il s’est lui-même chargé de nos infirmités et il a porté nos maladies. » (Matthieu 8:17)

Aimer l’homme violent

Il y a beaucoup à apprendre auprès d’un homme violent. L’un des commandements les plus élevés qui nous aient été donnés par le Seigneur Jésus est : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent » (Matthieu 5:44).

Aimer relève d’une décision, celle de vouloir du bien à l’autre. Il n’est pas naturel de vouloir du bien à celui qui nous fait mal. Il faut en faire l’apprentissage. Lâcher prise de sa souffrance, renoncer à la vengeance, s’en remettre à Dieu qui juge justement, pardonner et s’attendre à voir le bras de Dieu en action ne sont pas des choses aisées.

Il y a un moment où aimer son conjoint violent passe par une forme d’oubli ou plus exactement de décentrage de soi. Cela ne signifie pas se laisser piétiner. Cela se traduit plutôt par des pensées telles que : « Je supporte de souffrir par ta faute parce que je veux rester en relation avec toi, parce que je sais comment t’apporter des bienfaits. » C’est ce qu’a fait le Seigneur Jésus : il n’a pas subi passivement la violence, il a offert de souffrir à notre place pour nous donner accès au Père ; on ne l’a pas tué, c’est lui qui a donné sa vie (Luc 23:46 : Jésus s’écria d’une voix forte : Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira.). Une femme brutalisée par son mari pourra trouver dans l’exemple du Seigneur Jésus la force de passer de « je souffre » à « je veux te faire du bien ».

Le tout premier bienfait qu’une femme puisse apporter à son mari violent, c’est de dire stop ! Essayer de l’empêcher de nuire est un acte d’amour car l’homme se souille en péchant. Dieu lui -même a écourté la vie de l’homme afin qu’il ne s’enlise pas dans sa condition misérable : « L’Eternel Dieu dit : Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Empêchons-le maintenant d’avancer sa main, de prendre de l’arbre de vie, d’en manger, et de vivre éternellement. » (Genèse 3:22) « Et l’Éternel dit : Mon Esprit ne contestera pas à toujours avec l’homme, puisque lui n’est que chair ; mais ses jours seront cent vingt ans. » (Genèse 6:3)
Afficher la vérité sur le comportement intolérable (par exemple en portant plainte) peut provoquer une prise de conscience.

Mais il arrive aussi que poser l’interdit reste sans effet. Il faut alors comprendre que le mari n’a peut-être pas la capacité de recevoir l’argument de la souffrance de sa femme, il se peut qu’il n’ait pas l’empathie suffisante pour réaliser qu’il fait souffrir sa femme. C’est alors que la femme chrétienne peut entrer dans une autre démarche : mettre de côté sa propre souffrance (en la confiant au Seigneur Jésus) pour considérer celle de son mari, comprendre l’origine de la souffrance de son conjoint grâce au discernement que donne le Saint Esprit, trouver l’argument qui touchera son mari parce qu’il reconnaîtra sa propre souffrance et la situera dans son histoire, communiquer l’argument dans la vérité, sans chercher à humilier, à rabaisser, c’est-à-dire à se venger. En guise d’illustration, quand le message « Arrête de me manquer de respect » ne passe pas, il convient d’affirmer « Si tu te débats ainsi avec violence, c’est sûrement qu’on t’a manqué de respect en te forçant à trouver ça normal il y a longtemps. Mais tu peux essayer de surmonter ça. Tu n’es pas seul. »

Ainsi donc, une femme brutalisée par son conjoint peut poser divers actes d’amour tels que :
– Supporter de souffrir pour rester en relation et faire du bien
– Mettre le holà (y compris par des moyens légaux) pour que l’homme arrête de se souiller en étant violent
– Apporter de la lumière et des soins là où souffre le conjoint, afin que celui-ci cesse d’exprimer sa souffrance par la violence.

Protéger les enfants

Souvent, les femmes restent parce qu’elles ont peur pour leurs enfants. Elles ne veulent pas que leur conjoint violent se retrouve seul avec eux s’ils se séparent, et s’en prenne à eux. Elles préfèrent rester et faire écran pour protéger les enfants. Cette attitude est complètement compréhensible et justifiée mais seulement jusqu’à un certain point. A l’extrême, une femme anéantie par la violence n’est plus d’aucun secours pour ses enfants. La priorité est la sécurité de la femme. Cela ne signifie pas que les enfants ont moins de valeur, que l’on peut les sacrifier. Dieu lui-même établit un ordre de priorité pour juger le peuple élu et les païens mais il ne s’agit pas d’un traitement de faveur pour les premiers : « Gloire, honneur et paix pour quiconque fait le bien, pour le Juif premièrement, puis pour le Grec !  » (Romains 2:10) On retrouve cet ordre de priorité dans les consignes de sécurité en avion : si les masques à oxygène tombent, les adultes doivent s’en équiper en premier puis équiper les enfants. Ainsi, tous pourront respirer. Alors que si les adultes perdent leurs forces à vouloir équiper d’abord les enfants, ce ne sont pas les enfants qui sauront les sauver ensuite.

Pardonner

Par les efforts de sa femme chrétienne, l’homme violent bénéficie de véritables soins divins. Mais il ne les reçoit pas toujours ; autrement dit il ne saisira peut-être pas l’occasiSe releveron qui lui est présentée de s’approcher de Dieu, d’ouvrir les yeux sur sa condition, sur son histoire. Opposer l’amour à la violence d’un mari est certainement le meilleur moyen de ne pas vivre dans la peur (1 Jean 4:18 : « L’amour parfait chasse la crainte »). Mais cela ne garantit pas que les agissements condamnables cessent. « S’il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes » (Romains 12:18). Chacun a un chemin à faire, chacun doit faire ce qui relève de sa responsabilité.

Quoi qu’il en soit, il appartient à la victime de ne pas se venger, de s’en remettre à Dieu pour se relever et d’entrer dans une démarche de pardon. Romains 12:19 : « Mes amis, ne vous vengez pas vous-mêmes, mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit : C’est à moi qu’il appartient de faire justice ; c’est moi qui rendrai à chacun son dû. » Tout est consigné.

6 commentaires

  • Magnifique ce texte !!
    Mon mari n’est pas violent physiquement, il est violent psychologiquement !!! Il me rabaisse sans cesse, me fait des reproches à longueur de temps, il sait tout et a toujours raison, tout est toujours de MA faute, il m’humilie tout le temps… et en contrepartie ne me donne aucun amour, aucune tendresse (ce dont j’ai le plus besoin je crois) !! Je n’ai rien pour me raccrocher en me disant que, malgré le mal qu’il me fait, j’ai de l’amour et de la tendresse pour que la balance soit égale à peu près !!! Non, tout est vraiment dans le négatif pour moi, pour l’estime que j’ai de moi-même !! (disons qu’avec tout ça je n’ai plus beaucoup d’estime de moi !!) mais heureusement que Dieu est avec moi !!! Il me relève sans cesse, me donne la force de pardonner et d’accuser les « coups », il me redonne de l’estime de moi par sa vie qu’il m’a donnée, il me redonne confiance en lui, il m’aime et grâce à Lui je continue d’avancer malgré toute la méchanceté de mon mari.

    • Louane, je suis très touchée par ton témoignage. Tu as raison de compter sur Dieu. Paul n’est pas le seul à pouvoir dire « Je puis tout par celui qui me fortifie. » (Philippiens 4:13) Mais nous sommes appelés à vivre dans la joie et la paix et je pense qu’il y a d’autres chemins que d’encaisser les coups.
      Connais-tu ACSER ? C’est une ressource dans laquelle j’ai confiance.
      Prends soin de toi, tu es précieuse.

      • Merci de ta réponse…non je ne connais pas ACSER, qu’est ce que c’est ?

        • C’est une association qui met à disposition des conseils sur le site http://www.acser.org et qui répond aussi gratuitement, rapidement, et anonymement, aux demandes des internautes. J’ai pensé à eux quand tu as parlé d’estime de soi et notamment à cet article : http://acser.org/Estime-de-soi . C’est juste une piste pour que tu ne te sentes pas trop seule face à tes difficultés.
          Que Dieu te bénisse et continue à te protéger, à t’entourer. Je te souhaite une année paisible.

  • 1 Pierre 5:2 la Bible dit : paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde
    Non par contrainte mais volontairement, selon Dieu, ce que je fais avec mon mari j’ai changé moi-même. Ce que je faisais avant de mal, je ne le fais plus. Mon comportement, changé, a changé mon mari. Je lui dis regarde ce que Dieu fait pour moi.

  • Merci beaucoup pour ce magnifique texte.

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