Je n’ai personne à qui demander

1 Corinthiens 14:35 : « Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison; car il est malséant à une femme de parler dans l’Église. »

A ma conversion, j’ai été confrontée à une difficulté majeure: comment apprendre?

Avant ma conversion, j’avais essayé, pour ma culture, de lire la Bible. Comme pour beaucoup d’incroyants, tout était voilé. J’avais pensé qu’en achetant une Bible plus chère, mieux illustrée, émaillée de renvois historiques, la lecture en serait facilitée mais cela n’avait pas été le cas. Après ma conversion, il est vrai que la Bible m’était apparue plus compréhensible mais de là à dire comme certains qu’elle était devenue limpide et passionnante au point de ne pouvoir s’en détacher… La tâche me paraissait gigantesque. Pendant les cultes, je prenais des notes au moment des prédications et j’attrapais au vol quelques versets. A la fin des cultes, je partais sans tarder, me sachant très attendue à la maison pour le repas dominical. Mon mari s’opposait à ce que je me rende aux études bibliques en semaine. A l’époque, Internet n’était pas dans les foyers.

A l’église personne ne me connaissait. Personne n’a trouvé le créneau pour faire ma connaissance et discerner mes besoins dont je ne savais même pas s’ils étaient normaux. En dehors du culte, je ne côtoyais aucun chrétien. On savait si peu de choses de moi qu’au bout de trois ans de présence régulière le dimanche, le pasteur est venu vers moi avec ce discours:
« Tes enfants sont du même père alors nous en avons discuté avec le conseil et nous sommes d’accord, bien que tu sois en concubinage, pour te proposer une préparation au baptême.
– Mais, je suis mariée…»
Alors en congé parental, j’ai trouvé du temps en journée pour me laisser instruire par une femme merveilleuse qui m’a accompagnée patiemment jusqu’au baptême.
J’ai ensuite replongé dans l’isolement.

Quelques années plus tard, S., un collègue de travail dont j’appréciais les qualités depuis quinze ans, a traversé mon bureau en sifflant un cantique que je connaissais. Enfin j’ai compris à quoi tenaient sa joie, sa douceur, son excellence. Je lui ai révélé ma foi et nous avons eu une joie immense à nous reconnaître en Christ. Il savait des quantités de choses qui me manquaient. Nous avons pris l’habitude, une ou deux fois par semaine, de nous retrouver à table pour parler de la Bible. Nous avons fait savoir à nos collègues (avec copie à nos conjoints) que ceux qui souhaitaient parler de Jésus étaient les bienvenus à notre table! Nous poursuivions nos conversations par mail, étant entendu que la femme de S. pouvait lire tout ce que nous écrivions. J’ai quitté mon église pour rejoindre celle de S. Je commençais à envisager de m’y investir quand une chose incroyable est arrivée. Il m’a été brutalement demandé de ne plus avoir de relation avec S. parce que sa femme sombrait à cause de moi dans la dépression. Concrètement, cela m’interdisait toute activité dans l’église. J’ai essayé d’y trouver ma place sans y servir, sans être libre dans mes relations. Mais c’était intenable. Je suis partie, meurtrie, privée de mes enseignements. Dans sa blessure de n’avoir su protéger sa femme,  S. a clos nos conversations en me disant, sachant très bien que c’était impossible : « Demande à ton mari. »

Deux ans plus tard, j’ai trouvé mon mentor. Il est solide. Chaque semaine, il m’accorde une heure au téléphone. Il est prêt à discuter de tout. Il est missionnaire. Des personnes comme moi, il en contacte vingt par semaine. Ca n’inquiète pas sa femme. Nous nous voyons une fois par an en moyenne. Je suis toujours sur mes gardes pour que notre relation ne dérape pas. Même au téléphone, le risque est réel. Je vérifie régulièrement que je ne suis pas en train de générer une nouvelle catastrophe, de son côté comme du mien. Mais je ne veux pas étouffer l’affection fraternelle sincère qui se développe entre nous à mesure que nous nous connaissons mieux. C’est si précieux de savoir enfin à qui demander, d’avoir enfin ce grand frère dans la foi et les œuvres que j’ai si longtemps réclamé à Dieu.

Quand on ne peut pas demander à son mari, je crois qu’il est bon d’avoir un mentor. Certains disent qu’une femme peut tout à fait être assez instruite des choses de Dieu pour en parrainer une autre moins avancée. Je le crois mais je n’en ai pas trouvé qui puisse tenir pour moi ce rôle de mère spirituelle. Certains disent aussi qu’il faut s’interdire d’être en relation avec une personne de l’autre sexe afin d’éviter les chutes. C’est plus sûr en effet. Mais quand on demande à son mari, on reçoit un éclairage masculin sur la Parole de Dieu. Une sœur en Christ ne peut pas l’apporter.

Quand mon mari me rejoindra dans ma soif d’apprendre, je veillerai à ne pas devenir sa mère spirituelle. Il ne serait pas bon qu’il se voie continuellement comme un débutant à mes côtés, qu’il ait avec moi le sentiment d’un retard à rattraper.  A l’inverse, je ne m’appuierai pas sur lui seul pour répondre à mes questions ; l’envoyer trop souvent aux informations risquerait d’être mal vécu. J’ai bon espoir que, lorsqu’il cherchera pour lui-même, il soit favorable à l’apport d’autres chrétiens dans nos parcours respectifs. Paul en 1 Corinthiens 14:35 n’interdit pas de puiser la nourriture en dehors de l’église et du foyer. 1 Thessaloniciens 5:21 : « Mais examinez toutes choses ; retenez ce qui est bon. »

Mentor

 

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